Le vagin, habitat naturel pour les bactéries lactiques

Le vagin est un conduit musculaire élastique, long de 6 à 11cm. Il est tapissé d’une muqueuse constituée de couches de cellules aplaties et étroitement liées, formant un tissu dénommé épithélium pavimenteux dans le langage médical. Tout comme la muqueuse buccale et lamuqueuse gastro-intestinale, le vagin est lui aussi colonisé densément par des micro-organismes.

À l’état normal, la muqueuse vaginale offre un environnement optimal à la flore naturelle microbienne, composée essentiellement de diverses souches de bactéries lactiques (lactobacilles) et de certaines levures. Sous l’influence des hormones sexuelles féminines (oestrogènes et progestatifs), les bactéries transforment le glucose issu des cellules épithéliales en acide lactique, entraînant ainsi un abaissement du pH vaginal.

Le milieu vaginal acide protège des infections

La production d’acide lactique d’origine bactérienne permet au vagin de se couvrir d’un film protecteur acide qui fonctionne comme défense naturelle et assure une protection optimale contre les infections, car la plupart  des germes pathogènes ne peuvent pas se développer en milieu acide. Cette protection concerne principalement les infections bactériennes et moins certaines infections à levures, car les levures font souvent partie de la flore vaginale normale.

Les levures appartiennent, elles aussi à la flore vaginale normale

Les levures apprécient le milieu vaginal, chaud et humide, et se sentent également à l’aise entourées de lactobacilles. Si le vagin est sain et l’équilibre hormonal intact, le rapport entre bactéries et levures est proportionné, car les mécanismes de défense vaginaux permettent d’éviter une prolifération excessive des champignons, de telle sorte que leur présence ne provoque pas de symptômes.

Qu’est-ce qu’une mycose vaginale?

La mycose vaginale est une maladie fongique des organes génitaux de la femme, qui entraîne une inflammation de la muqueuse vaginale et des lèvres (vulve).

L’infection est déclenchée par une colonisation pathologique massive de la muqueuse vaginale par des levures; l’agent pathogène le plus fréquent à l’origine de la mycose vaginale est la levure Candida albicans, responsable de cette affection dans 80 à 90% des cas. Dans 5 à 10% des cas, des genres de Candida plus rares, tels que Candida glabrata ou encore Candida krusei, sont à l’origine de l’infection.

Comment les mycoses vaginales se développent-elles?

En règle générale, la prolifération des levures est limitée par la protection acide locale de la muqueuse vaginale ainsi que par les mécanismes de défense du corps. Toutefois, divers facteurs de risque sont susceptibles d’entraver les mécanismes de protection vaginale et de décimer les bactéries (réduction de leur nombre), permettant ainsi aux levures de proliférer.

Lorsque l’équilibre de la flore vaginale est perturbé

Tout affaiblissement des souches de lactobacilles vaginales s’accompagne automatiquement d’une diminution de la production d’acide lactique et entraîne ainsi une protection acide amoindrie. En conséquence, non seulement les germes pathogènes peuvent se développer, mais l’équilibre délicatentre lactobacilles et levures au sein du vagin évolue également en faveur des levures.

Les levures profitent de cette opportunité et prolifèrent de façon si massive que la muqueuse vaginale finit par réagir par l’apparition de signes d’inflammation.

Des fluctuations de l’équilibre hormonal (p. ex. lors d’une grossesse ou de la ménopause, etc.) peuvent elles aussi occasionner une prolifération excessive des levures.

Les facteurs de risque favorisant l’apparition de mycoses vaginales

La protection acide du vagin peut être si fortement altérée par divers facteurs qu’il peut en résulter une diminution du nombre des lactobacilles acidifiants.

 

Ces facteurs comprennent:

  • les modifications de l’équilibre hormonal causées par la grossesse, la ménopause, les règles ou la prise de pilule contraceptive
  • les dispositifs contraceptifs intra-utérins (diaphragmes, stérilets, etc.)
  • la prise d’antibiotiques, de préparations à base de cortisone ou de cytostatiques
  • les troubles du métabolisme (diabète)
  • l’affaiblissement du système immunitaire
  • le stress chronique
  • l’hygiène exagérée (p. ex. utilisation fréquente de sprays intimes, de douches vaginales ou de produits à base de savon alcalin)

Les symptômes en cas de mycose vaginale

L’infection fongique est à l’origine d’une inflammation de la muqueuse vaginale et des parties génitales externes, s’accompagnant de divers symptômes désagréables.
Les personnes concernées se plaignent souvent des troubles suivants:

  • de fortes démangeaisons au niveau de la sphère intime (symptôme principal)
  • une sensation de brûlure douloureuse avec rougeur et enflure des lèvres et du vagin
  • des pertes blanches fréquentes de texture grumeleuse et friable (Fluor vaginalis)
  • une gêne lors de rapports sexuels
  • un inconfort lors de la miction

Existe-t-il un risque de contagion pour le partenaire?

Bien que la mycose vaginale puisse être transmise au partenaire lors de rapports sexuels, ce n’est pas systématiquement le cas, surtout si le partenaire est en bonne santé, avec un ystème immunitaire intact. Si, dans de rares cas, l’infection vient quand-même à se transmettre, des symptômes similaires (rougeur, sensation de brûlure, démangeaisons) peuvent se manifester au niveau du gland et du prépuce. Malgré cela, la mycose vaginale n’est pas classée parmi les «maladies sexuellement transmissibles».

Comment le diagnostic est-il posé?

Les symptômes de la mycose vaginale sont relativement peu spécifiques, car ils peuvent se manifester de manière similaire pour de nombreuses infections génitales causées par d’autres agents pathogènes (p. ex. d’origine bactérienne). C’est la raison pour laquelle il est judicieux de consulter son gynécologue à la survenue de tels symptômes, afin de confirmer le diagnostic. Il s’agit de la seule façon de garantir un traitement approprié.

Identification microscopique de l’agent pathogène responsable de la mycose vaginale

Outre l’enregistrement des antécédents médicaux (anamnèse) et l’examen gynécologique, le médecin procède généralement à un prélèvement vaginal afin de poser le diagnostic. À l’aide du microscope, il recherche la présence de filaments ou de cellules bourgeonnantes, typiques des levures à Candida. Le cas échéant, une mise en culture du champignon peut être indiquée, surtout si une infection par des genres de Candida plus rares est suspectée.

Comment traite-t-on la mycose vaginale?

En principe, les symptômes liés à la mycose vaginale aiguë disparaissent en quelques jours avec les médicaments appropriés et spécifiques ciblant les champignons (antifongiques). Les antifongiques inhibent la croissance des levures et les tuent.

En règle générale, un traitement local de la mycose vaginale aiguë non compliquée suffit. Dans le cadre de cas récalcitrants ou lors de récidives fréquentes, un traitement antifongique par voie orale peut également s’avérer nécessaire. Parmi les principes actifs fréquemment utilisés, on compte le clotrimazole, le miconazole, le fluconazole, l’itraconazole ou la nystatine.

Possibilités de traitement local

Des antifongiques sous forme de crèmes, d’ovules ou de comprimés vaginaux sont disponibles pour le traitement local.
Les crèmes sont destinées à l’usage externe. Elles sont appliquées sur les zones affectées au niveau des lèvres et de l’entrée du vagin, et elles sont introduites dans le vagin (utilisation intravaginale) pour le traitement de celui-ci; les ovules et les comprimés vaginaux sont destinés exclusivement à l’usage intravaginal. Un applicateur est généralement disponible pour permettre une introduction plus aisée de ces médicaments dans le vagin. Le traitement vaginal devrait être effectué de préférence avant la nuit.

Divers antifongiques locaux sont disponibles en pharmacie sans ordonnance, suite à un conseil professionnel du pharmacien. Si les symptômes d’une infection fongique génitale (p. ex. démangeaisons, rougeurs, pertes vaginales accrues mais inodores, éventuel gonflement des organes génitaux externes) se manifestent pour la première fois, il convient de consulterun gynécologue. Ces spécialistes peuvent poser le diagnostic correct et prescrire les médicaments adéquats.

En cas de persistance des symptômes durant plus de 7 jours malgré le traitement, ou si plus de 2 infections fongiques similaires se sont produites durant les 6 derniers mois, il faudrait également consulter un médecin. Les jeunes femmes âgées de moins de 18 ans ou les femmes enceintes devraient elles aussi parler avec leur médecin avant toute automédication. La durée du traitement dépend du degré de gravité de l’infection, du principe actif et du dosage, et devrait se conformer aux indications du médecin.

Antimycosiques pour le traitement par voie orale

Si le traitement local ne suffit pas pour guérir efficacement la mycose vaginale, la prise d’un antifongique sous forme de comprimés ou de capsules (sur ordonnance) devient nécessaire. En fonction du principe actif, une prise unique ou durant deux jours consécutifs suffira.

Réinfections fréquentes: de quoi faut-il tenir compte?

Environ 5 à 8% de toutes les femmes souffrent de mycoses vaginales à plusieurs reprises (récidives ou réinfections), notamment parce que le système immunitaire n’est pas capable de développer une immunité contre les infections fongiques, si bien que de nouvelles infections peuvent constamment (ré)apparaître.

Les facteurs suivants contribuent également aux récidives fréquentes:

  • un traitement inadapté dû à un autodiagnostic inexact, reposant uniquement sur les symptômes
  • une mycose vaginale causée par des souches de Candida plus rares, souvent résistantes au traitement et prédisposant donc aux infections à répétition (p. ex. Candida glabrata)
  • une défense immunitaire locale affaiblie de la muqueuse vaginale

Quelles en sont les implications pour le diagnostic et le traitement?

  • Les personnes atteintes de mycoses vaginales à répétition devraient toujours faire effectuer un bilan chez un spécialiste et renoncer à se traiter par elles-mêmes.
  • En cas de réinfections, et en fonction de l’appréciation du médecin, une application à plus long terme d’antifongiques locaux ou la prise d’un antifongique oral peut s’avérer nécessaire.

Comment prévenir une mycose vaginale?

Les comportements suivants contribuent à prévenir la réapparition de mycoses vaginales:

  • Portez des sous-vêtements propres, pas trop serrés, en fibres naturelles perméables à l’air, qui n’occasionnent pas d’accumulation de chaleur ou d’humidité, car les champignons apprécient la chaleur humide.
  • Les parties génitales externes doivent être nettoyées à l’eau claire et/ou à l’aide d’une lotion nettoyante à pH neutre.
  • Renoncez à une hygiène intime exagérée, mais surtout aux savons parfumés ou alcalins, aux sprays intimes, aux douches et rinçages vaginaux, car ils nuisent à l’équilibre naturel de la flore vaginale.
  • Lors de l’hygiène anale après les selles, veillez à toujours procéder à un nettoyage allant de l’avant vers l’arrière (en direction du dos), afin de prévenir les infections du vagin par la flore intestinale.
  • Si vous souffrez fréquemment de mycoses vaginales, votre partenaire devrait également se soumettre à un traitement.
  • Consultez un médecin dès les premiers symptômes afin d’identifier l’agent pathogène responsable, surtout si vous souffrez souvent de mycose vaginale. Un traitement approprié contribue à améliorer rapidement votre bien-être et à prévenir les récidives ainsi que le développement de résistances.

Notre guide à télécharger

Découvrez notre guide sur les mycose vaginale également sous forme de brochure à télécharger